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mercredi 24 février 2010

La Tache, de Philip Roth

tacheTout ça a commencé parce que j'ai vu un film. Oui, le septième art a toujours son emprise sur moi. Encore une fois, Nicole Kidman s'est joué de ma sensibilité. Dans le film, elle est Faunia Farley. Sauvage comme la faune. Brute dans le regard et la voix. Une autre femme-animale chargée d'un lourd passé, à qui la vie n'a pas fait de cadeaux. Et puis, l'intellect : Anthony Hopkins dans la peau de Coleman Silk. Ancien et robuste tel un grand arbre, d'ailleurs et d'un autre temps. L'histoire se déroule en Nouvelle-Angleterre dans les Berkshires : cette chaine de montagnes aux riches forêts mixtes, accidentée par ses nervures fluviales. Accusé d'un acte de racisme, ce professeur émérite verra sa carrière entant que doyen à l'Université d'Athena, s'effondrer. Coleman Silk n'est pas du genre à se laisser accabler par l'infortune mais il subira les représailles de ses amis devenus adversaires, jusqu'à démissionner. Silky Silk, champion de boxe invétéré dans sa jeunesse ne pourra livrer se dernier combat contre l'injuste. A 70 ans, il fera la rencontre de Faunia, 34 ans. Inculte et illettrée, elle fait le ménage à l'université. Cette femme torturée par la vie, au regard de chagrin dont les paroles ne sont que violence, incarnera la volupté. La dernière grande histoire d'amour de Coleman. Son élixir de jeunesse éternelle. C'est en Faunia qu'il trouvera la force de se libérer de son secret. Le secret au nom duquel il a tout perdu pour mieux trouver son salut.


Le Film : un secret bien gardé

207738The Humain Stain, le roman de Philip Roth, fut adapté au cinéma par Nicholas Meyer et réalisé par Robert Benton, en 2003. Les acteurs sont justes, donc excellents quand on parle de Nicole Kidman et Anthony Hopkins. Ed Harris, une fois de plus, offre une performance magistrale dans le rôle de Lester Farley, l'ex-mari violent de Faunia. Cet ancien combattant du Viet-Nam souffrant de syndrome post-traumatique incarne une Amérique marginalisée et méfiante envers l'Etat. C'est un personnage important qui reflète l'état général de paranoia grandissante aux Etats-Unis. Lester Farley est en quelque sorte l'alter égo schizophrène de Coleman Silk, celui qui a réussi en se conformant aux normes sociales jusqu'à effacer toute trace de son histoire et de sa mémoire. J'ai été bouleversée par la trame sonore qui marie avec raffinement les rythmes jazz de Duke Ellington et Irving Berlin aux folies de Gershwin et à la douce nostalgie de Schubert. Pour les amoureux de l'hiver vous fonderez sous le charme des grands sapins et des paysages enneigés, des routes impraticables, d'une maisons au cœur de la forêt, d'un corps de femme à la lueur du feu de cheminée, et de la pêche sur glace bien sure. Le film a été tourné en partie au Québec : à Cowansville, Hudson, Rosemère et Montréal.

Le Livre qui fait tache

Je n'ai pas trop adhéré au style d'écriture de Philip Roth. J'ai subit plus que savouré les passages descriptifs, denses et répétitifs, sortes de dissertations sur la psychologie des personnages. Ennuyeuses et lourdes, elles ralentissent le récit et retardent les moments dramatiques et les dialogues qui sont beaucoup plus parlant sur la profondeur des personnages. J'ai trouvé le courage de lire jusqu'au bout mue par la curiosité et le désir de comparaison avec le film que j'ai beaucoup apprécié.

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ROTH P., 2002, La tache, Éditions Gallimard, Paris.

The Human Stain, de Robert Benton (2003).

mercredi 4 mars 2009

La sculpture moderne, de Itzhak Goldberg et Françoise Monnin

La_sculpture_moderneEn exposant l'oeuvre de sculpteurs connus et moins connus, les auteurs nous font découvrir les transformations radicales qui caractérisent la sculpture moderne. Depuis les Ready-Made de Marcel Duchamp, la démarche artistique et le processus de création ont changés. D'une part, le sculpteur travaille avec de nouvelles matières. D'autre part, il doit repenser les rapports avec le volume, l'espace et le corps alors qu'il remet en question la symbolique même de l'œuvre d'art. Puis, lle livre expose aussi les éléments qui ont transformé la relation entre le sculpteur et le public depuis que les lieux de diffusion de l'art ne se limitent plus aux musées et aux galeries d'exposition.

Chapitre I : Les lieux de la culture en France
Même si le musée reste le lieu privilégié qui offre une vision synthétique de l'histoire de la sculpture, le XXe siècle à donné naissance à plusieurs autres lieux d'exposition. D'une part, les musées nationaux et municipaux exposent des collections riches et attrayantes pour les amateurs d'art. Surtout depuis que les sculpteurs se sont mis à léguer leurs ateliers et leurs lieux de création privés à l'État français (par exemple Constantin Brancusi, en 1957). Les musées et les centres peuvent donc consacrer des salles entières, voire la totalité d'un musée, à l'œuvre d'un sculpteur. Il y a par exemple la salle Arp du musée d'art contemporain de Strasbourg, le musée Rodin à Paris, etc. D'autre part, il n'est pas étonnant aujourd'hui de fréquenter des centres d'art, des parcs, voire des espaces urbains consacrés aux grands sculpteurs. Il est en effet possible d'admirer des créations sculpturales sur la pelouse, au bord d'un lac, dans la cour d'un château, dans une ancienne usine réhabilitée, dans les jardins publics, sur les grandes places, etc. On peut citer comme exemples le Jardin du Luxembourg et l'esplanade de la Défense.

Chapitre II : Les frémissements de la modernité
Depuis longtemps l'histoire de l'art et la philosophie infériorisent la sculpture pour mieux vanter les mérites de la peinture qui serait l'art intellectuel par excellence. Elle incarnerait la matière et le mouvement de façon immatérielle. "La forme atteint son essence quand elle se détache de la matière" déclare la philosophie (1). La sculpture, elle, serait moins spirituelle car elle incarnerait simplement la forme par la matière. Cependant, les grands sculpteurs ont su défendre leur art en affirmant que le volume de la masse, l'occupation de l'espace et la lourdeur même qu'on lui reproche intensifient le rapport direct avec le spectateur. En ce sens, plusieurs artistes du XIXe siècle ont contribué au passage de la sculpture vers la modernité. Certains, en proposant une rénovation de l'art et d'autre une rupture plus radicale avec les traditions. C'est en travaillant sur leur inspiration commune, la figure humaine, que tous envisagèrent la sculpture moderne.

La_petite_danseuse_de_14_ansLes figures anatomiques inachevées chez Rodin, Maillol et Matisse représentent une nouvelle conception architecturale et segmentaire du corps humain. On se détache du classicisme en remplaçant les formes lisses et pleines par des corps fragmentés, des creux et des surfaces non-polies sur lesquelles on perçoit encore l'empreinte des outils, les accidents et les défauts. On effectue aussi un rapprochement entre la culture occidentale et les arts tribaux d'Afrique et d'Océanie en travaillant de nouvelles matières comme le bois, l'os et le nacre.

Henri Matisse rompt avec la notion de précision anatomique et la vision idéalisée du corps humain (2), deux tendances majeurs du XIXe siècle. Il produit plutôt des formes simplifiées qui se rapprochent de l'abstrait. De façon plus radicale, Edgar Degas avec sa Petite Danseuse de 14 ans, remet en question la sculpture en tant qu'object, conçue comme un seul bloc monolithique. En effet, il utilise différents matériaux en habillant sa danseuse de bronze d'un ruban de soie et d'un tutu en dentelle. La petite danseuse devient non seulement l'ancêtre de "l'assemblage" mais son corps vide d'expression est un affront aux corps fermes et braqués des héros classiques.

A lire...

(1) (2) GOLBERG I., MONNIN F., 2007, La sculpture moderne au Musée national d'art moderne Centre Georges Pompidou, Éditions Scala, Coll. Tableaux choisis.